
Majoritairement cultivées en région limoneuse, les céréales font partie intégrante du paysage rural wallon. D’aucun pensent naturellement que ces dernières sont destinées à l’alimentation humaine tant le blé est associé à la farine, elle-même associée au pain. Si cette affirmation est vraie dans une certaine mesure, elle ne l’est pas pour la majorité d’entre elles. Il est considéré que le pourcentage des céréales produites en région wallonne directement destinées à l’alimentation humaine tourne autour des 10% (tous débouchés alimentaires confondus), ce qui représente 18.000 ha de notre SAU.
Ceci peut paraitre étonnant sachant que la Belgique compte sur son sol de grandes entreprises actives dans la transformation céréalière.

En l’état la Belgique cultivait en 2024, d’après Statbel, près de 282 000 ha de céréales dont la répartition est présentée dans la Figure ci-contre.
Comme expliqué plus haut, la question du débouché commercial dans lequel termine les différentes céréales reste peu clair.
La meunerie est le secteur de transformation qui, suite à l’écrasement des céréales, produira de la farine. Cette farine, selon ses caractéristiques technologiques sera apte à une utilisation en boulangerie, pâtisserie, biscuiterie, pâte à pizza, etc…
La Belgique broyait en 2024, près d’un 1.250.000 tonnes de blés. Si tous ces blés étaient cultivés en Belgique, en considérant un rendement moyen de 6t/ha, ils recouvriraient près de 208.000 ha.
La malterie est le secteur de transformation qui, suite à la germination de la céréale et à son séchage rapide, produira du malt. Ce malt est alors utilisé comme ingrédient pour la fabrication de bière, alcools. Il est également utilisé comme composant en boulangerie ou dans d’autres produits alimentaires (biscuits, cacao, boissons énergisantes, etc.).
Le secteur de la malterie a transformé en 2024 près de 1.312.000 tonnes d’orges brassicoles (en considérant un coefficient de transformation de 1,23). (Euromalt, 2024) Rapporté à la surface de d’orges brassicoles dans les champs, en considérant un rendement moyen de 6t/ha, cela représente près de 219.000 ha.
La semoulerie est le secteur de transformation qui, suite à une mouture grossière du blé dur humidifié, permet d’obtenir de la semoule. Cette semoule est alors utilisée pour la fabrication de pâtes alimentaire, de couscous, pâtisserie, boulangerie, etc…
Le plus gros moulin transformant du blé dur est l’usine de la marque Soubry, située en Flandre. Cette dernière broie en moyenne 174.000 t/an de blé dur. Rapporté à la surface de blés dur dans les champs, en considérant un rendement moyen de 6t/ha, cela représente près de 29.000 ha.
NB : la culture du blé dur est en phase de développement et de recherche en Belgique car plus propice à des climats plus chauds et sec.



La majorité des blés et orges utilisés pour approvisionner les moulins, malteries et semoulerie belges proviennent donc d’ailleurs. Différentes raisons expliquent la faible proportion de transformation alimentaire céréalière à destination humaine. Parmi elles citons les suivantes :

L’indication du pays d’origine ou du lieu de provenance n’est pas obligatoire pour la farine, les pâtes, le pain ou la bière.
Les coordonnées de l’exploitant doivent donc figurer sur l’étiquette. Il s’agit de l’opérateur qui assume la responsabilité du produit. Par exemple, une farine peut afficher le nom d’une entreprise belge alors qu’elle a été produite à l’étranger.
Les coordonnées de l’exploitant renseignent nom ou la raison sociale et l’adresse de l’exploitant du secteur alimentaire sous lequel la denrée alimentaire est commercialisée ainsi que son adresse. On trouvera donc sur les emballages de paquets de farine l’adresse du siège social des moulins.
De plus, le règlement européen (UE) n° 1169/2011 sur l’étiquetage, autorise la mention « farine belge » si cette dernière est produite et conditionnée en Belgique et que la mention renvoie clairement à la transformation, pas à l’origine agricole du blé.
Pour pouvoir mentionner qu’une farine est belge (ou utiliser un drapeau — le visuel étant équivalent à une mention écrite sur l’étiquette), il faut respecter l’article 26, paragraphes 2 et 3 du règlement européen 1169/2011. Cela signifie que si quelqu’un indique « farine belge » alors que le grain ne l’est pas, il doit obligatoirement le préciser sur l’étiquette.

Il est donc compréhensible que les consommateurs non avertis n’y voient pas toujours très clair quant à la provenance des matières premières utilisées dans un produit transformé comme la farine.
Dès-lors qu’on parle de pain, pâtes ou bière, on s’éloigne encore un peu plus de la matière première de base et la notion d’artisanat entre en jeu. La Belgique est par exemple connue pour son terroir brassicole. Ce qui implique un grand savoir-faire des maîtres-brasseurs, sans que ces derniers n’utilisent spécialement de la matière première locale. La notion de terroir incarne alors aussi un savoir-faire et non plus nécessairement un approvisionnement local en matières premières.
Un autre phénomène porte également atteinte à cette notion d’artisanat, c’est ce qu’on appelle plus communément les « bières d’étiquette » : un entrepreneur délèguera la production de bière à un tiers (avec ou sans recette) pour gérer uniquement la commercialisation du produit. Dans ce cas, on observe, en complément des coordonnées du responsable légal, la mention « Brassée à XXXX ».
En parallèle des points bloquant mentionnés ci-dessus, sur lesquels les acteurs des filières travaillent pour redynamiser la filière, on peut citer différentes initiatives :

Témoignage de Régis Colin de la Ferme du Champ des Noces : Un projet unique et novateur :
du blé au pain !
A retrouver dans le Celagri’MAG n°5 p. 22