Vitamine B2 : y a-t-il des OGM dans l’alimentation des volailles bio?

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En agriculture biologique, le cahier des charges européen interdit l’utilisation d’OGM ou de substances issues d’OGM. Depuis 2019, à l’échelle mondiale, la vitamine B2, complément nécessaire ajouté à l’alimentation des volailles, n’est plus disponible dans ce cadre. Face à cette situation, les autorités wallonnes ont entamé une procédure pour trouver des solutions pour la remise en conformité. Décryptage.

Pourquoi l’agriculture bio exclut les OGM ?

C’est l’application du principe de précaution. Il s’agit d’une technique difficilement maîtrisable même si elle fût affirmée comme « totalement sûre » à son lancement. Les études d’impact sur l’environnement et la santé ont été jugées insuffisantes. Le recul manque pour évaluer les effets réels.

L’exclusion est totale c’est-à-dire que non seulement les cultures sont concernées mais aussi tous les intrants comme les engrais, les semences, les additifs, … Toute la chaîne de production doit être exempte d’OGM. Un beau défi dans le monde actuel car ces techniques sont de plus en plus utilisées.

Vitamine B2 : qu’en est-il de sa fabrication ?

Les fabricants de vitamine B2 se sont très tôt (dès les années 40) tournés vers le génie génétique, au départ non OGM. L’utilisation de matières premières végétales riches en vitamine B2 (graines germées, levure de bière, spiruline, …) n’a pas été la solution retenue à grande échelle car ces sources créent un déséquilibre dans la ration alimentaire. Il faudrait en effet en incorporer de grandes quantités pour obtenir le résultat recherché. Le génie génétique permet lui au contraire la fabrication d’une forme pure. Les sources animales (farine de poisson, …) sont mieux tolérées au niveau digestif mais ont été bannies par beaucoup de fabricants d’aliments qui, suite au scandale sanitaire de l’ESB (vache folle), se fixent de garantir un aliment 100% végétal.

Les entreprises européennes fabriquant de la vitamine B2 ont toutes arrêtées les unes après les autres car concurrencées par des sociétés asiatiques. La raison est un manque de rentabilité car les volumes requis par les utilisateurs sont minimes (0,003% de l’aliment ingéré par la volaille dans le cas qui nous occupe). Le phénomène a été poussé à l’extrême; en 2018, il ne restait plus qu’une seule société (asiatique) commercialisant la vitamine nécessaire à tous les éleveurs européens (bio et non bio).

A quoi sert la vitamine B2 ?

Au même titre que de nombreuses vitamines, la B2, aussi appelée riboflavine, participe au bon développement de tout organisme, humain et animal.

Pour l’homme, la vitamine B2 est présente naturellement dans de nombreux aliments comme les levures, les produits laitiers, le poisson et les céréales germées… A condition d’un régime équilibré, l’homme n’a pas besoin de complémentation.

Pour les animaux, il en est autrement, ces sources n’étant pas à privilégier. Un apport est jugé essentiel car toute carence peut créer des problèmes de locomotion graves (pattes déformées) préjudiciables au bien-être animal.

Quid de la vitamine utilisée actuellement ?

Le seul fabricant demeurant au niveau mondial a cessé récemment de produire une forme issue d’une bactérie non OGM. La vitamine B2 utilisée partout par l’agro-industrie, qu’elle soit destinée à l’alimentation humaine ou animale, provient de ce fabricant. Le risque de dissémination de la bactérie modifiée génétiquement dans l’environnement est très faible car la production est effectuée dans des bâtiments en cuves fermées. Le risque pour la santé humaine se doit aussi d’être exclu par les garanties légales imposant un produit fini exempt de résidus d’OGM. Si le recours à cette vitamine est interdit en production biologique, c’est sur base du principe de précaution.

En d’autres termes, l’alimentation pour volaille est constituée de céréales (maïs, froment, soja,…) auxquelles est ajouté un mélange de vitamines et d’oligoéléments, appel prémix. Le problème temporaire est que dans ce prémix, il y a de la vitamine B2 qui est synthétisée à partir d’une bactérie génétiquement modifiée.

De la production de vitamine B2 à l’éleveur : quel chemin ?

Comme beaucoup de vitamines, la vitamine B2 s’oxyde facilement. Son incorporation dans l’alimentation des animaux nécessite certaines précautions sous peine de la voir perdre ses effets. Elle est ainsi incorporée dans ce qu’on appelle un prémélange (ou prémix) constitué d’un support végétal ou minéral et d’autres vitamines, de minéraux et d’oligo-éléments. Ces prémélanges sont commercialisés par des firmes spécialisées. Ces firmes préparent des mélanges spécifiques qui peuvent être utilisés en agriculture biologique. Ces prémélanges font l’objet d’une certification par un organisme de contrôle indépendant et portent la mention « utilisable en agriculture biologique ».

Ces prémélanges sont achetés par des fabricants d’aliments qui les incorporent dans leurs mélanges de matières premières végétales (céréales et/ou protéagineux) à destination des animaux d’élevage. Ces mélanges font également l’objet d’une certification par un organisme indépendant s’ils sont destinés à l’agriculture biologique.

L’agriculteur bio sera à son tour contrôlé pour ses achats d’aliments. Ceux-ci doivent être certifiés bio.

Qui est responsable du contrôle de la qualité de la vitamine?

La responsabilité de la vérification de la qualité de la vitamine B2 ne se situe ni chez l’agriculteur, ni chez le fabricant d’aliment mais à un stade plus préliminaire, en amont, chez le fabricant de prémélanges. Celui-ci a le devoir de demander à son fournisseur de vitamines de confirmer que celles-ci n’ont pas été obtenus à partir d’OGM ou par des OGM.

Le flux des mécanismes de contrôle sont schématisés ci-dessous

Les produits bio contenant cette source de vitamine peuvent-ils toujours être certifiés ?

Oui, car ce cas de figure a été anticipé au niveau législatif. En cas d’indisponibilité de certaines matières premières très techniques sous la forme non OGM, les entreprises peuvent bénéficier d’un délai pour trouver une autre source d’approvisionnement. La responsabilité de fixer ce délai relève de chaque autorité nationale. Au niveau des 28 Etats membres, toutes ont opté pour cette possibilité.

Quelles pistes de solutions sont sur la table ? Dans quels délais pourront-elles être mises en œuvre ?

Deux types de solution sont en cours : l’une laissant espérer des résultats disponibles à court terme et l’autre, à long terme.

La solution disponible à court terme consiste en une production à l’échelle européenne via génie génétique. Sur insistance de la Commission européenne et des différents ministères nationaux, deux entreprises européennes (dont l’une via un fournisseur asiatique) ont développé une solution adaptée. Seulement la commercialisation de ces solutions requiert des autorisations d’usage. L’évaluation du dossier de l’une de ces entreprises est proche d’aboutir.

La solution disponible à long terme, consiste en une recherche d’alternatives sur base de matières premières locales, via des projets de recherche. Au niveau wallon, un groupe de travail coordonné par le CRA-W (Centre de Recherche Agronomique wallon) teste des ingrédients agricoles locaux. Une solution à base de graines germées a pu être dégagée pour les élevages de taille réduite et va être approfondie. Pour les plus grands élevages des données supplémentaires doivent encore être collectées pour l’opérationnalisation, la mise en œuvre pratique, des alternatives envisagées.

Pour aller plus loin: 

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