Interview de Benoît Billa (Viande bovine)

benoit BILLA – KR Suppléant

Benoit Billa, membre de la coopérative En direct de mon élevage, travaillent avec sa famille sur leur exploitation à Ronchamps (La Roche-en-Ardenne) où ils élèvent un troupeau de race Blanc Bleu Belge. Ils cultivent, également, 14 hectares de maïs et une surface équivalente de céréale s. L’herbe est très riche en protéines et les céréales en énergie, l’association des 2 fournit une alimentation équilibrée pour les animaux. Les 95 % de l’alimentation proviennent de la ferme, les 5% restants sont achetés sans soja ni OGM et servent à l’alimentation des bovins durant la phase d’engraissement pour avoir un produit de qualité.

1) Selon vous, pourquoi est-ce important de mieux faire connaitre votre métier aux consommateurs ?

« Depuis les années 50-60, on nous a demandé à nous, agriculteurs, de produire de plus en plus et de ne plus s’occuper de la commercialisation de nos produits. On est arrivés à un stade, maintenant, où il reste 36.000 fermes en Belgique pour nourrir des millions de personnes. Il s’est créé un fossé énorme entre le consommateur et l’agriculteur car ce sont des industriels qui ont repris la distribution de notre alimentation et malheureusement, parfois, très transformée par rapport à ce que l’on peut faire au départ. C’est mon sentiment en tout cas. Quand on parle d’agriculture et d’alimentation, généralement on se rend compte que l’alimentation est accessible partout et tout le temps. On oublie, finalement, que l’alimentation est, avant tout, une question de terroir. J’habite dans les Ardennes et je n’ai pas beaucoup de choix sur ce que je peux produire. Je suis dans une région d’élevage et on n’a principalement de la prairie sur notre exploitation. On a petit peu de maïs, un peu de céréales, … On essaie d’être un peu autonome au niveau alimentaire sur notre exploitation mais je ne saurai jamais faire des betteraves ou des pommes de terre en quantité importante, et encore moins du quinoa, du soja, des navets ou du rutabaga… Je n’arriverai pas à en produire. Il faut que le consommateur se rende compte que son alimentation est d’abord une question de terroir, on a le choix de ce que l’on peut manger mais si on veut manger ce que l’on peut produire, c’est là que ça devient plus compliqué. »

Quel est le sujet sur lequel il vous parait le plus important de combattre les préjugés ?

« Le réchauffement climatique est un sujet qui m’a interpellé il y a un certain moment déjà. J’ai donc commencé par faire un bilan carbone de mon exploitation afin de voir où j’en étais. Au final, je me suis rendu compte que j’avais dû mal à comprendre les chiffres de mon exploitation. J’ai décidé d’aller un peu plus loin dans la démarche et d’essayer de comprendre comment les calculs étaient faits. Je me suis, à nouveau, rendu compte que les banques de données utilisent des données mondialisées et que, parfois, cela ne correspond pas spécialement à ce que l’on fait chez nous. Le plus dur est de remettre en évidence les chiffres de ce que l’on fait, les réalités… Pour une exploitation comme la mienne, un kilo de viande bovine représente plus ou moins 15 kilos de  . Cela correspond à bien d’autres, également, car je fais partie d’une coopérative d’élevages et on travaille tous à peu près de la même manière. Quand on sait que le belge moyen consomme un peu moins de 5 kilos de viande bovine à domicile (et 10 au total), 15 x 5, nous voilà à 75 kilos (150 au total) de , sur un an. On dit au consommateur qu’il doit changer son alimentation, diminuer sa consommation de viande mais quand c’est sur prairie cela développe la biodiversité. On nous demande de changer, on demande au consommateur de changer mais à côté de cela il a des gestes de consommation qui sont bien plus dramatiques que ce que nous faisons. On n’en parle pas et il faudrait remettre des ordres de grandeur entre les impacts de ce que l’on peut avoir. Par exemple, je faisais le calcul il n’y a pas longtemps, 100 kilomètres en voiture correspond, plus ou moins, à 1 kilo de viande en termes d’émissions annuelles. Quand on voit le nombre de belges qui prennent la voiture pour aller travailler le matin, qu’est-ce que 100 kilomètres ? Je veux dire que c’est pour cela que je parle d’échelles de grandeur. On vit dans un monde de consommation et on a du mal à changer nos habitudes. Généralement, on parle de viande comme on parle de n’importe quel produit. J’ai souvent le problème quand je vends de la viande à des consommateurs lambdas, des bouchers ou des magasins, on me parle de prix mais c’est la dernière chose dont on devrait parler. Il faudrait arrêter de parler de « viande » mais parler de valeurs alimentaires, des valeurs de la biodiversité du produit, la façon dont l’animal est nourri puisque cela influence énormément la qualité gustative, la saveur. Ce sont des facteurs qui n’ont rien à voir avec le prix mais je pense que c’est quelque chose de difficile, d’impalpable, car le goût et la saveur de la viande n’expriment pas le prix. Et le consommateur est généralement face aux prix rouges et aux promos mais cela ne fait pas la qualité, ni le goût. »

Quel est le sujet sur lequel la position de la société a évolué positivement ?

« Je pense que cela est de notre faute car à partir du moment où on nous a demandé de produire et de ne plus s’occuper de cette commercialisation, on a plus du tout été formé à cela. Une entreprise lambda a un budget dédié à la promotion et nous, nous laissons le soin à l’Apaq-w et à d’autres de faire la promotion de nos produits. On voit aucun agriculteur, pratiquement, qui met un budget dans la communication et le marketing afin de vendre ses produits. Par exemple, si vous faites des colis de viandes à la ferme et que vous ne faites pas de promotion ou de publicité, vous ne le vendez pas. Il faut aller chercher l’acheteur, il ne vient pas de lui-même. On a perdu ce contact de commercialisation. Il y a 50-60 ans, les producteurs allaient au marché, vendaient leurs produits. Ce n’était pas du marketing mais ils étaient en relation direct avec le consommateur, c’était une manière de vendre son produit. A partir du moment où on produit quelque chose et que l’on demande à quelqu’un d’autre de le vendre, on perd l’âme de la production. On a plus cette communication. Si chaque ferme mettait 10 euros sur la table pour la communication, cela nous ferait 120.000 euros pour la Wallonie. On pourrait faire une belle campagne de publicité sur des grandes chaînes pour revaloriser nos agricultures, nos élevages. On a perdu cette façon de communiquer. A l’école, on nous apprend à produire mais pas à communiquer. Pourtant, c’est devenu quelque chose d’essentiel dans notre métier. Ce qui a évolué, c’est justement lorsque l’on communique via les réseaux sociaux ou autres, on va directement chercher des consommateurs. Même si je suis au fond de l’Ardenne, c’est peut-être compliqué car on est loin des grands centres urbains mais, même ici, dans nos régions, des gens veulent des produits de terroir, de qualité que l’on prend plaisir à manger. C’est cela aussi manger : c’est y trouver du plaisir. »

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