Pourquoi faut-il réguler les populations d’oiseaux aux abords des élevages de poissons ?

En Wallonie, il existe une quarantaine d’élevages aquacoles, principalement axés sur la production de truites. Ces producteurs font depuis toujours face à des problèmes de cohabitation avec certaines populations d’oiseaux qui trouvent dans les élevages des sources d’alimentation faciles et régulières. Certains élevages de poissons se font parfois décimés par ces oiseaux appelés « piscivores ». La rentabilité économique de ces producteurs est donc régulièrement mise à mal.

Quelles sont les espèces d’oiseaux concernées ?

Les oiseaux dits « piscivores », sont les hérons cendrés (Ardea cinerea) et la sous-espèce continentale du Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo sinensis). Il convient de rajouter les grandes aigrettes (Ardea alba) et, dans une moindre mesure bien qu’en augmentation, les balbuzards pêcheurs (Pandion haliaetus), ces derniers étant nettement moins nombreux et donc moins impactant en Wallonie.

Héron cendré (Ardea cinerea)
Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo sinensis)

Ces espèces sont toutes protégées en Europe depuis la convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe de 1979 et la Directive 79/409/CE sur les Oiseaux Sauvages et plus particulièrement en Wallonie depuis le Décret de 2001 relatif à la conservation des sites Natura 2000 ainsi que de la faune et de la flore sauvage.

Ces deux espèces, le héron cendré et le Grand Cormoran, avaient presque totalement disparu partout en Europe et leur statut d’espèces protégées a permis aux populations de s’y reformer, notamment en Wallonie. Cette augmentation des effectifs a d’ailleurs été exponentielle pendant plusieurs décennies, elle s’est ensuite stabilisée avant de diminuer légèrement depuis quelques années.

Quelles sont les pratiques des pisciculteurs wallons pour lutter contre les oiseaux piscivores ?

Les oiseaux piscivores possèdent une grande capacité d’adaptation. Tous les systèmes commerciaux existants pour repousser ces oiseaux sont efficaces pendant quelques jours, avant de provoquer une accoutumance, les rendant ensuite très vite inefficaces

Il y a la possibilité de couvrir les bassins avec des filets ou des fils espacés d’une dizaine de centimètres. Bien qu’étant un investissement financier important, c’est une technique efficace pour les petits bassins. Cette technique est par contre beaucoup plus difficile à mettre en œuvre sur des bassins de plus grande taille. Enfin, cette technique ne bénéficie pas non plus d’une aide publique substantielle à sa mise en place.

Il existe aussi la possibilité de créer des zones refuge ou des abris mais ce système est surtout réservé aux grands étangs et n’est pas du tout adapté à l’élevage dans des bassins modernes de taille inférieure.

Il reste alors une dernière option, d’ailleurs prévue par la législation européenne : les tirs d’effarouchement et de destruction. Ces derniers sont très réglementés et ne sont autorisés qu’après analyse du dossier et du site et pour un nombre d’oiseaux bien précis, très souvent inférieur au nombre d’oiseaux réellement présents quotidiennement. De plus, la plupart des pisciculteurs impactés tiennent à jour un registre d’observations quotidien dans le but d’étayer leur dossier.

Quelles solutions et méthodes alternatives ?

Le secteur envisage désormais de se tourner vers les nouvelles technologies en matière d’effarouchement telles que, entre autre, les lasers déclenchés par caméras à reconnaissance spécifique et les drones. Ces technologies se sont révélées efficaces en cultures agricoles et sur les terrains d’aviation contre des oiseaux plus « primaires » tels que les pigeons, les corbeaux et les étourneaux.

Sur le long terme, ces technologies pourraient résoudre le problème de cohabitation entre oiseaux piscivores et pisciculteurs. Les investissements et soutiens économiques sont toutefois nécessaires, le secteur étant incapable d’en supporter seul le coût.